Here we go again.
Des maths et des centaines de crayons à papier mâchouilés, des bouteilles d'eau sur mon bureau, des paquets de chewing-gums éventrés, mon livre de latin abandonné, mon portable muet, rester cinq minutes devant ton nom dans mon répertoire, hésitante, j'ai juste peur de ce qui nous attendrait mais je suis irraisonnable. Animal rationnel, tu parles. Ma prof de physique m'informe que je suis "ailleurs" en plein TP, comme si elle avait pas compris que je suis si peu là, finalement. Je n'ai pas été moi-même une seule minute dans cette salle. Et je ne lis pas les documents sur les lymphocytes. Crise d'ado tardive? Non, juste une grande lassitude, de celles contre lesquelles le combat est perdu d'avance. Je les recracherai le jour du bac, tes histoires de testostérone même pas ventilée. Ca sera du résumé de l'essentiel du cours, parce que le reste je ne l'ai jamais su, voire jamais lu. Ces mots sont hermétiques. Sans envie, on n'arrive à rien. C'est ça, le bilan que je tire de ces deux années. C'est facile de se scotcher la prose de Newton sous les yeux, mais c'est pas pour ça que je la retiendrai. J'ai l'impression de piétiner dans du goudron fondu. Et pas que dans ce domaine-là. Finalement, c'est un enchaînement, ouais. Une suite complètement illogique d'événements indépendants. C'est rien d'autre, la vie. L'apogée du libre-arbitre. Les paradoxes de l'esprit humain. Nous ne sommes pas capables de souhaiter ce qui nous rendrait heureux. J'en suis désormais convaincue. On se contente de choisir la voie la plus facile, la moins ardue ou la moins dérangeante. On ose si peu. Linientreu zu sein. Je pensais à ça, devant ma copie d'allemand. Pourquoi est-ce que je me retrouve là, maintenant, à dix-huit ans bientôt, à réviser des matières qui ne m'intéressent pas pour un bac par lequel je ne me suis jamais vraiment sentie concernée? Par amour du conformisme, rien d'autre. Ca a fait plaisir à tout le monde, c'est cool. Et je m'en tire bien, même très bien. Si j'avais pas eu ce je-ne-sais-quoi, peut-être de la chance, plutôt des amis, des vrais, ça aurait pu être vraiment le bordel. Bon, je dis pas que c'est vraiment ordonné, hein. Non, au contraire. Et tant mieux. Parce que c'est exactement moi, ce bordel organisé. Et rien d'autre que moi. Qu'est-ce que je souhaite le plus, là tout de suite? Des tonnes de choses.. avoir mon bac, décrocher une mention juste histoire de, être acceptée en prépa, pouvoir aller à la fête de la musique, passer un putain d'été, ne plus jamais assister à un cours de sciences de ma vie, me beuver avec Za, faire la fête avec everybody après le bac, tout déchirer à mon oral de latin, et autre chose, mais.. le genre de trucs qu'on dit pas sur un blog, non, même si c'est codé, même si c'est indéchiffrable, même si plus personne ne vient ici, non. Le genre de chose qu'on ose à peine s'avouer à soi-même, et sur laquelle on placarde un afficheau "Défense de l'avouer". Parce que tout est éphémère, qu'on a peur de casser cet équilibre tout juste formé, même si on sait parfaitement que tout ça, ça finira dans les bras de quelqu'un, les yeux barbouillés de mascara subitement humidifié. Se laisser porter par la vie. Et profiter des derniers instants. Les plus belles années de nos humbles existences. Non. Pas les plus belles. C'est un peu court. Il y aurait tant de choses à dire. Les plus innocentes, les plus fraîches, les plus folles, les plus enivrées, les plus démesurées, et caetera. J'écris les mots en entier. C'est plus classe. Je me nourris de chaque sourire, je vampirise à qui m'en donnera un bout, même s'il n'y en a qu'un qui pourrait entièrement me combler. Qui s'en soucie? Le soleil brille, nous sommes emportés, nous autres pauvres lycéens, par la tornade indomptable des révisions, alors les crazy little things, on s'en occupera plus tard, mais on n'oubliera pas de s'en soucier, ne pas partir sur une impression d'inachevé, user ces moments jusqu'à la moelle, en demander toujours plus, enfin oser prétendre au bonheur.